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Acétamipride : quand les agriculteurs vident les rayons des supermarchés

Le débat sur les néonicotinoïdes continue de bousculer la société.

En effet, ces insecticides, dangereux pour les abeilles et pour la santé humaine, ont été interdits en France en 2018. (1)

Mais au niveau de l’Union européenne, ils sont encore autorisés jusqu’en 2033.

Les agriculteurs crient à la distorsion de concurrence.

Et ils ont raison.

Pourquoi seraient-ils les seuls à faire des efforts ?

Et, s’ils en font, pourquoi ne les protégeons-nous pas ?

Une tentative de retour en arrière

Le sénateur Laurent Duplomb, lui-même agriculteur de profession, a voulu les aider. (2,3)

Il a déposé une proposition de loi (qui porte son nom) visant à (4) :

  • réautauriser l’acétamipride en France jusqu’en 2033 ;
  • faciliter l’usage des grandes bassines pour l’agriculture ;
  • faciliter l’installation de bâtiments agricoles.

Cela correspond aux demandes formulées par la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire. (5)

Mais cela ressemble aussi à un modèle agricole des années 1960.

Ce retour au XXe siècle et à la chimie triomphante a été rejeté par 2 millions de personnes, réunies autour d’une pétition lancée par une étudiante sur le site de l’Assemblée Nationale. (6)

Le Conseil constitutionnel donne raison aux pétitionnaires

Prenant acte de cette mobilisation importante de l’opinion publique, le Conseil constitutionnel a retoqué la proposition de loi dans une décision du 7 août 2025. (7,8,9)

Les sages ont estimé que la dérogation introduite par la proposition de loi n’était pas constitutionnelle.

Ils reprochent au texte essentiellement :

1/ d’être équivoque et de manquer de précision, ce qui serait contraire aux principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. (10)

2/ d’être contraire à la Charte de l’environnement de 2004, dont l’article 1 précise que : « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. » (11)

Les mauvaises langues diront peut-être que cet article 1 n’est lui-même pas très précis.

Et qu’au nom de ce principe assez large, bien des interdictions pourraient être formulées.

Mais au-delà des principes juridiques, la décision du Conseil constitutionnel, présidé par Richard Ferrand, un proche du président de la République, est surtout politique. (12)

Elle est comme un signe des temps, comme une concession faite à l’opinion publique, en attendant la suppression d’un ou deux jours fériés pour tous.

Le sénateur Duplomb lance l’acte II de son offensive pour réautoriser des pesticides interdits.

Ces produits cancérigènes sont déjà dans notre sang et causent des cancers du pancréas.

Il nous reste quelques jours pour faire censurer cette atteinte directe à la santé publique.

L’acétamipride est partout !

Furieux de cette décision, des agriculteurs alsaciens de la FNSEA ont décidé de mener une action coup de poing. (13)

Leur objectif est de montrer que les « consommateurs ne sont pas très logiques ».

Ils ont vidé des rayons de supermarché tous les produits susceptibles de contenir de l’acétamipride.

Et la liste de ces produits fait froid dans le dos. (14,15,16)

On retrouve notamment :

  • De nombreux fruits tels que les pommes, poires, pêches, prunes, cerises, raisins, agrumes, fraises et melons.
  • Des légumes et en particulier les tomates, poivrons, aubergines, concombres, salades, choux ou brocolis.

La filière espagnole serait particulièrement riche en acétamipride. (17)

À cela s’ajoute :

  • les noisettes, qui servent à faire les pâtes à tartiner d’où le slogan des agriculteurs : « On interdit l’acétamipride, on interdit le Nutella ! » (18)
  • le thé et les tisanes ; (19)
  • l’huile d’olive ; (20)
  • les céréales comme le blé, l’orge ou le maïs même si pour ces cultures l’usage du néonicotinoïde est plus limité. (21)

Les betteraviers français ont fait partie des agriculteurs demandant la levée de l’interdiction de l’acétamipride. (22)

Pourtant, lorsque ce produit était autorisé, ils ne s’en servaient pas.

En clair, la plupart des fruits et légumes importés contiennent de l’acétamipride ainsi que de nombreux produits transformés qui ne sont pas bios.

Les cultures les plus traitées sont celles des vergers : les arbres fruitiers attirent évidemment les insectes.

C’est pour cela que les olives, les kiwis ou les agrumes, peu produits en France, en contiennent souvent.

D’autres produits du quotidien en contiennent aussi…

Par ailleurs, vous en trouverez dans une partie des (15) :

  • insecticides domestiques sous forme de sprays, de gels, de poudre ou de piège ;
  • solutions anti-insectes pour les plantes d’intérieur ou d’ornement ;
  • produits de traitements du bois ou matériaux de construction ;
  • pesticides professionnels pour les maisons ou les jardins.

Toutefois, ces produits ont pour objectif premier de tuer les insectes.

Leur caractère nocif est affiché et assumé.

Ce n’est, bien-sûr, pas le cas pour les fruits et les légumes du quotidien dont on nous dit qu’il nous en faut 5 par jour !

Faire évoluer les modes de vie et les modèles agricoles

La colère des agriculteurs a donc le mérite de souligner les contradictions des consommateurs et surtout des politiques publiques.

On ne peut pas, au niveau européen, prôner à la fois des objectifs ambitieux de protection de l’environnement et de la santé des consommateurs et la libre concurrence totale.

Les règles pour l’agriculture doivent être les mêmes pour tous, au moins au sein de l’Union européenne.

Et si l’on veut aussi protéger les sols, la qualité de l’air et une agriculture durable, il faut changer de logiciel politique.

Cela passe notamment par :

  • le renforcement de l’agriculture biologique ;
  • l’accompagnement des agriculteurs qui passent d’un modèle à l’autre ;
  • la création de départements ou de régions 100 % bio ;
  • l’aide à l’installation des agriculteurs bio et la création de débouchés pour leurs produits (cantines scolaires, hôpitaux, crèches pubiques, etc.)
  • la promotion active de la permaculture ou de l’agroforesterie, modèles respectueux de l’environnement et de la vie.

Certaines de ces mesures existent déjà en partie. Mais cela est encore trop limité pour espérer passer d’un modèle à l’autre.

En attendant que les choses n’évoluent, je ne peux pas m’empêcher de me demander s’il arrive au signataires de la pétition ou au membres du Conseil constitutionnel de consommer encore de la pâte à tartiner industrielle…

De mon côté, j’y ai renoncé.

Solidairement,

Julien

Sources :

Partagez-nous vos idées et vos textes de pétition en cliquant ici.

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Une pétition est un moyen d’action efficace, pour que les citoyens reprennent le pouvoir sur les combats qui leur semblent justes.

Vous aussi, prenez part à la mobilisation citoyenne !

  • 1. « Entrée en vigueur de l’interdiction des néonicotinoïdes le 1er septembre », Agriculture gouv fr
  • 2. « M. Laurent DUPLOMB, sénateur de la Haute-Loire (Auvergne-Rhône-Alpes) – Sénat », Sénat fr
  • 3. « Agriculture : qui est le sénateur Laurent Duplomb, à l’origine du texte sur la réintroduction des néonicotinoïdes ? », Public Sénat fr
  • 4. « Loi Duplomp agriculture pesticides bassines 11 août 2025 », Vie Publique fr
  • 5. « Loi contraintes votée », FNSEA fr
  • 6. « Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective. », Plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale fr
  • 7. « Loi Duplomb : le Conseil constitutionnel censure la réintroduction d’un pesticide interdit », Sud Ouest fr
  • 8. « LOI DUPLOMB : le Conseil constitutionnel déclare l’article relatif à la réintroduction d’un pesticide interdit non conforme à la Charte de l’environnement et à la Constitution ! », UNSA org
  • 9. « Décision n° 2025-891 DC du 7 août 2025 », Conseil constitutionnel fr
  • 10. « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 », Conseil constitutionnel fr
  • 11. « Charte de l’environnement », Légifrance gouv fr
  • 12. « Conseil constitutionnel : qui est Richard Ferrand, fidèle d’Emmanuel Macron et nouveau président de l’institution ? », France Bleu fr
  • 13. « Loi Duplomb : que resterait-il dans les supermarchés sans les aliments traités à l’acétamipride ? », France 3 Régions France Info fr
  • 14. « Vous avez probablement de l’acétamipride dans vos assiettes », Ôdélices Ouest France fr
  • 15. « Loi Duplomb : quels produits chez vous contiennent de l’acétamipride », Croq Kilos com
  • 16. « Loi Duplomb : de nombreux légumes au-dessus des seuils d’intoxication à l’acétamipride ? », L’Express fr
  • 17. « « On interdit l’acétamipride, on interdit le Nutella » : comment gérer les importations des produits étrangers traités ? », Sud Ouest fr
  • 18. « Pesticides : la fuite en avant des cultivateurs de noisettes », Reporterre net
  • 19. « Encore trop de résidus de pesticides dans le thé et les tisanes ! », Chambre de Consommation d’Alsace
  • 20. « Véraison : gestion des pesticides et sécurité de l’huile d’olive », l’OlivoNews it
  • 21. « Tout savoir sur l’acétamipride, ce pesticide au cœur de l’opposition à la loi Duplomb », Reporterre net
  • 22. « L’acétamipride, pas un produit miracle pour les producteurs de betteraves », Courrier Picard fr
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