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L’invraisemblable tragédie de Nauru ou la face cachée du guano…

Le nom de Nauru vous dit quelque chose ? Non ?

Et pourtant, dans les années 70, cette île a été le pays le plus riche du monde, du moins par habitant. (1)

Vous le croirez ou non, mais la plupart des habitants de cette île du Pacifique roulaient en voiture de luxe et pouvaient se permettre de ne pas travailler. (1)

Aujourd’hui, l’île est retombée dans une misère noire. Que s’est-il passé ?

Un confetti au milieu du Pacifique

Nauru est située à 2000 km au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et des îles Salomon. (2)

Sa position est très isolée.

Le vol entre Port Moresby en Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nauru prend 13 heures environ pour une distance parcourue de 2400 km.

L’île est située à 4000 km environ de l’Australie. (3)

La République de Nauru est un État indépendant.

Mais sa population n’est que de 9000 habitants. (3,4)

C’est l’un des plus petits États du monde.

Sa superficie totale est de 21 km2. (4)

Son parlement est situé dans la ville d’Yaren qui est considérée comme sa capitale.(3,4)

Et c’est aussi là que se situe l’aéroport international.

Le bout du bout du monde…

La situation géographique de l’île est très particulière.

Elle se situe au bout d’un courant marin qui arrive de l’est. (1,3)

Il est donc facile d’y parvenir en pirogue depuis les îles Gilbert qui sont au nord du Tonga et des îles Fidji. Il est en revanche très difficile de repartir de Nauru dans cette direction.

Ainsi, l’île s’est peuplée au fil des siècles, de Mélanésiens, de Polynésiens et de Micronésiens. (1,3,5)

Quelques Philippins et Chinois auraient aussi réussi à atteindre ses côtés par l’ouest.

Ces vagues de migrations sont anciennes. Elles se sont étalées au fil des siècles, mais remontent à plus d’un millénaire. (3,4)

Pendant très longtemps, la vie de l’île s’est organisée autour de ses deux grandes ressources naturelles.

La lagune de Buada

La première est une lagune où les Nauruans ont développé de la pisciculture.

Les hommes viennent régulièrement patauger dans les bassins pour oxygéner l’eau et l’aider à se charger en nutriments.

Les enfants ont interdiction d’y faire du bruit pour ne pas effrayer les poissons.

La survie des habitants dépend de cette pêcherie intérieure, car autour de l’île, la pêche est beaucoup moins évidente.

Les bancs de poissons sont loin.

Pour pêcher en mer, les îliens ont développé un système ingénieux de pêche au faucon.

Le poisson de mer reste une ressource limitée…

Le cocotier qui rend l’île vivable…

La deuxième ressource naturelle de l’île est une bande de terre fertile le long de la côte où poussent des pandanus, un arbre de la famille des cocotiers.

Ils consomment notamment la sève et les fruits du cocotier qui est leur principale source de vitamine.

L’arbre leur sert pour confectionner des vêtements ou des ustensiles et construire des maisons.

Les Nauruans l’appellent “l’arbre de vie”. (1,3)

L’île compte aussi d’autres types de cocotiers plus classiques.

C’est une vie très sobre et assez rude.

C’est pourtant ce pays si pauvre et isolé qui, un siècle plus tard, va devenir le plus riche du monde par habitant pendant une génération.

Guerre et paix

Les Nauruans sont installés depuis l’origine le long de la bande côtière.

Au 18e siècle, le pays est divisé entre 13 villages, toutes réparties le long de la bande côtière, sauf une qui occupe un village au bord de la lagune. (4)

La population, à cette époque, est de 1400 habitants environ.

L’île est habitée par 12 clans qui se marient entre eux, mais dont la population est répartie en trois classes sociales (4) :

  • les Temonibe sont les dirigeants ;
  • les Amenename sont un groupe intermédiaire ;
  • les Itsio sont des prisonniers de guerre et des réfugiés asservis

Cette société complexe malgré l’exiguïté et l’isolement de l’île est souvent en guerre.

Mais au 18e siècle, ces troubles récurrents se résorbent naturellement sans qu’il n’y ait trop de casse. La vie sur l’île nécessite de la coopération. (1)

Avec l’arrivée des Européens dans les parages, les choses vont changer…

Une ballade irlandaise qui tourne mal

Nauru n’a été découverte qu’en 1798 par les Européens.

Le baleinier britannique Hunter et son capitaine John Fearn sont les premiers à approcher l’île. (1)

Il donne à l’île le nom de Pleasant Islande ou île agréable.

Les habitants de l’île viennent voir son bateau en pirogue, mais lui ne pose pas les pieds sur l’île.

Le deuxième contact d’Européens avec l’île est moins pacifique.

En 1830, deux bagnards irlandais débarquent. (1)

Ils viennent de l’île de Norfolk où se trouve un bagne pour les détenus les plus endurcis.

Cette île se situe entre la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande. (1)

Elle est à plusieurs milliers de km.

Les deux Irlandais ont réussi à subtiliser un navire. Et ils sont parvenus à le faire naviguer jusqu’à l’île de Nauru. Ils introduisent des armes à feu sur l’île.

Ils s’installent.

D’autres Européens, ayant déserté des baleiniers se joignent à eux.

Une petite communauté d’Européens occupe désormais l’île.

Mais John Jones se met à jouer les dictateurs avec les autres Européens. (1)

Les choses tournent mal.

Des violences s’ensuivent et John Jones est banni de l’île.

Il est envoyé par les Nauruans sur une île plus petite encore située à une centaine de km de Nauru.  (1)

Les Allemands mettent fin à une terrible guerre civile

Mais l’influence des Européens sur les Nauruans sera néfaste.

Les îliens se mettent à échanger leur surplus alimentaire de poisson et de fruits exotiques contre des armes et de l’alcool.

Les querelles récurrentes deviennent des batailles.

Et à partir de 1878 la guerre civile s’installe à Nauru sans que personne ne puisse calmer les choses.

Les îliens eux-mêmes semblent démunis face au tour tragique que les choses ont pris.

Le roi de l’île, Aweida qui ne parvient pas à rétablir l’ordre, souhaite même l’installation d’une mission chrétienne sur l’île pour y assurer la paix. (5,6)

Car la situation est catastrophique. Le tiers de la population de l’île est décimée par la violence.

Finalement, ce sont les Allemands qui interviennent avec une force de 87 hommes armés. (5)

Ils s’emparent de l’île, l’intègrent à leur empire colonial, et confisquent 760 fusils après avoir utilisé les chefs de l’île comme otages.

Ils maintiennent Aweida comme roi de l’île.

Différentes missions chrétiennes s’installent sur l’île dont la culture évolue.

Les Allemands y construisent un hôpital et un générateur électrique.

La découverte qui change tout

En 1889, Albert Ellis, un employé de la société la Compagnie des îles pacifiques, à Sydney analyse un morceau de roche dont on lui dit qu’il vient de Nauru. (1)

Il l’analyse et s’aperçoit que cette roche est extrêmement riche en phosphate.

Ce minerai se forme à partir d’un mélange de roche et d’excréments d’animaux marins.

C’est du guano en roche et un engrais extrêmement efficace.

La course au phosphate commence. Elle révolutionne l’agriculture mondiale. (1)

La compagnie australienne négocie avec le gouvernement allemand pour commencer à exploiter ce minerai.

L’exploitation s’accroît. Elle se fait au détriment des terres arables. L’île est éventrée par les mines.

Pour une France sans phosphates : Préservons notre environnement

En France, près d’un tiers des eaux continentales de surface est concerné par l’eutrophisation, un phénomène largement attribué à l’excès de phosphates.

Chaque année, ce sont plus de 300 000 tonnes de phosphates et d’azote qui sont rejetées dans l’environnement, principalement issues de l’agriculture intensive et des eaux usées urbaines.

Agissons maintenant pour protéger notre environnement, notre santé et l’avenir de nos ressources en eau.

Les deux guerres

À la fin de la Première Guerre mondiale, Nauru devient un mandat de la Société des Nations sous protection des Britanniques, des Australiens et des Néo-Zélandais.

L’extraction de phosphate s’industrialise.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, les Japonais envahissent l’île et décident d’en faire une colonie.

La population sera décimée et soumise au travail forcé notamment dans les mines de phosphates et pour construire les infrastructures voulues par les Japonais.

À la fin de la guerre, il ne reste plus que 750 Nauruans.

Le début des royalties

À l’issue de cet épisode tragique, l’exploitation du phosphate menée par les Australiens reprend.

Les locaux touchent néanmoins 9 % des ventes et commencent à s’enrichir.

Des hôpitaux et des écoles sont construits sur l’île.

Mais la pollution devient un gros problème.

L’île est retournée, les terres arables ont presque disparu et les habitants sont de plus en plus malades.

Le gouvernement Australien propose de les déplacer sur une autre île, ce qui suscite l’indignation des Nauruans.

Car les Nauruans, qui n’ont déjà plus besoin de travailler et laissent des employés chinois travailler leur mines, demeurent fiers de leur île.

L’indépendance et l’extrême richesse

En 1968, à l’heure de la décolonisation dans le monde, les Nauruans obtiennent leur indépendance des Australiens.

Le gouvernement nationalise les mines de phosphate.

Tous les profits sont désormais pour les Nauruans.

Mais au rythme où vont les choses, les réserves de phosphate ne vont pas durer.

Les autorités le savent et tentent de mettre en place des sources de revenus complémentaires.

Elles investissent dans des chaînes d’hôtels et dans de l’immobilier sur les îles Fidji, en Nouvelle-Zélande, aux îles Samoanes, Guam, Hawaï, en Australie et au Royaume-Uni.

Une compagnie aérienne est créée ainsi qu’une compagnie maritime.

Des mines de phosphate sont achetées en Inde et aux Philippines.

Les revenus du phosphate dépassent le milliard d’euros, ce qui fait des Nauruans les habitants les plus riches de la planète.

Le revenu par habitant et par an est de 200 000 dollars environ.

Tous ont accès aux soins, à l’éducation et personne n’a besoin de travailler, mais ceux qui le souhaitent peuvent travailler au sein du gouvernement.

Il n’y avait pas d’impôts et aucune taxe d’importation ou d’exportation.

La viande à Naura était moins chère qu’en Australie !

Les Nauruans ont coutume de dire “demain va prendre soin de lui-même”.

La fin de l’opulence

Au début des années 2000, les réserves de phosphate se sont effondrées. (1)

Ce scénario était prévu.

Ce qui l’était moins, c’est que le fonds d’investissement du gouvernement avait été mal géré.

Au lieu de détenir 10 milliards d’actifs, ce fonds n’en comptait que 40 millions.

Ce n’était pas assez pour assurer la sécurité financière du pays.

La compagnie aérienne, par exemple, était totalement déficitaire.

Elle aurait avalé, chaque année, un tiers des profits liés au phosphate ! (1)

La chute

À partir des années 90, les autorités ont cherché une voie pour sortir de l’impasse.

Elles ont voulu faire de l’île un paradis fiscal.

Elles ont commencé à émettre des passeports pour n’importe qui.

Et l’île est devenue un refuge pour l’argent sale des mafias du monde entier.

Mais cette décision a provoqué l’ire des États-Unis.

Et l’île a été sanctionnée.

Résultat, quelques années plus tard, tout s’est effondré.

La plupart des Nauruans se sont retrouvés au chômage, diabétique et sans ressources.

Les terres arables de l’île ont disparu. (1,6)

La lagune est polluée.

L’avenir paraît bien sombre pour l’île plaisante.

Les Nauruans sont un peu comme un joueur ayant tout perdu au casino après avoir tout gagné.

Ils ont misé sur le phosphate qui leur a rapporté gros puis ont tout perdu.

Mais la nostalgie de l’âge d’or est toujours là.

Et récemment, les Nauruans ont fait savoir qu’ils étaient prêts à vendre leurs fonds marins au plus offrant…

Ils ont ouvert une polémique et peut-être une nouvelle boîte de pandore… (8)

En attendant, la Norvège vient de découvrir une nouvelle roche géante de phosphate. (9)

Ce pays pourrait devenir à terme le plus gros producteur de phosphate du monde et supplanter le Maroc, premier producteur mondial.

Cela ne changera pas la vie des Nauruans, hélas.

Solidairement

Julien

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Références

1. « Comment vit-on à Nauru, la plus petite République au monde ? », YouTube

2. « Nauru », fr-academic.com

3. « Nauru », seatizens.org

4. « Présentation de Nauru », Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

5. « Nauru : l’île qui vend ses fonds marins », Revue Journal de la Société des Océanistes

6. « Paradise for Sale: A Parable of Nature », ResearchGate

7. « Nauru, de l’île paradisiaque au cauchemar écologique », FranceInfo

8. « Nauru, l’île qui veut vendre ses fonds marins », Reporterre

9. Idem

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10 Comments
Commentaires en ligne
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Maurice
10 jours il y a

Aïe Aïe Aïe , profit quand tu nous tiens!

Kostina
10 jours il y a

Ona là un exemple type -facilement compréhensible par sa miniature- de ce que le capitalisme et le colonialisme apportent comme malheur croissant et irréversible.

vigneau
10 jours il y a

BLA BLA BLA BLA ! Trop long à lire . Ils ont joué , ils ont perdus ETC Tant que Nous , Citoyens Français de toutes origines et toutes religions Travailleurs Salariés et Indépendants de L’AGRICULTURE , du BATIMENT ETC TOUS LES METIERS PENIBLES ET PEU REMUNERES Nous serons Incapables de reprendre NOTRE PAYS EN MAIN POUR COMMANDER NOUS MEME CHEZ NOUS ET SURTOUT BANNIR LES MULTINATIONALES , LES CHOSES NE POURRONT PAS CHANGER!!!!

BOOT
10 jours il y a

Encore une preuve lamentable du système capitaliste ignorant de la préférence environnementaliste !

Lecrenier
10 jours il y a

Bonjour,
Je crois que cette île est devenue aussi l’endroit où l’Australie parque les migrant.
En tout cas une pièce de théâtre à été jouée sur ce thème il y a 5 ans à Liège en Belgique et ma sœur d’Australie nous a expliqué ce fait.
A vérifier

Elisa
11 jours il y a

Merci pour cet article, toujours un plaisir de vous lire

Brenot
11 jours il y a

Thank you for sharing this piece of history. Let’s hope for a peaceful future for this island

Toni
11 jours il y a

En tout cas merci pour cette explication . J’ai appris quelque chose d’intéressant !
Merci encore

Toni
11 jours il y a

Cela me fait penser au bouquin de Jared Diamond concernant l’Ile de Pâques, « Effondrement ». Même seuls et sans européens, les habitants de Nauru se faisaient la guerre… Il y avait des castes … des asservis etc.
L’exploitation à outrance de cette petite ile, comme celle de Pâques par les habitants eux même (qui n’avaient même plus de bois pour fabriquer des bateaux de pêche) et ont été retrouvé par les premiers européens complètement dénutrits me fait penser à une métaphore de ce qui se passe aujourd’hui sur notre planète. Hyper exploitation, sur-pêche, guerres pour les ressources, etc… Et on se dit : « décidément l’humain est incorrigible ! » (et corollaire : court à sa perte).

Lhomme jean-Pierre
10 jours il y a
Répondre à  Toni

merci pour ce mini-cours… un enseignement riche et malheureusement pour eux un constat de leur dégringolade ! c’est triste mais semble irréversible …..

Pourquoi créer une pétition ?

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